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Pourquoi l’avenir du télétravail est limité

L’utilisation du télétravail a explosé à la suite de la pandémie de la Covid 19, et donné naissance à la fois à un rêve et à un cauchemar. Le cauchemar pour certains, confrontés à la fermeture des lieux de vie et de loisirs que sont notamment les cafés et les restaurants et les lieux de production culturelle. Pour d’autres le rêve de pouvoir travailler à la campagne, en même temps que de s’occuper de leur jardin, et d’éviter la perte de temps et la fatigue des trajets journaliers du domicile au lieu de travail. Il y a longtemps que l’on rêve de déplacer les villes à la campagne et leur étiolement, voire leur disparition, a souvent été annoncé. La généralisation d’internet a semblé rendre plausible une telle hypothèse, et le succès du télétravail n’a fait que renforcer cette conviction. Mais outre les nombreux avantages extra-professionnels que procurent les villes, les travailleurs apprennent davantage dans celles-ci car ils sont confrontés à d’autres individus plus qualifiés, avec qui ils coopèrent ou sont en concurrence, et qui les tirent vers le haut. Il est convenu que ce qui a fait le succès, d’abord de la route 128 autour du MIT dans le Massachussets puis de la Silicon Valley autour de San Francisco, ce sont les échanges fréquents entre individus que permet leur proximité et la circulation de l’information qui en résulte.

Même dans un monde aussi connecté que le nôtre, les percées conceptuelles conduisant aux innovations traversent plus facilement un hall universitaire ou la rue, que les océans ou un continent. Ce phénomène a été illustré avec la métaphore de la machine à café dans les entreprises autour de laquelle se retrouvent les salariés qui peuvent ainsi échanger sur un tas de sujets, pas nécessairement triviaux ou futiles. La concentration des individus, des métiers, et des entreprises dans les villes constitue un environnement propice à la propagation des idées, et donc à l’innovation et à la croissance. Cette intuition a pu être confirmée dans une étude récente effectuée grâce aux données de géolocalisation des smartphones. Les rencontres, même fortuites, des salariés dans les cafés situés à proximité de leur lieu de travail avaient pour conséquence une augmentation des brevets déposés par leurs entreprises. A l’inverse, les entreprises de vidéo conférences font tout pour protéger la totale discrétion, voire l’anonymat, des échanges effectués sur leur système. Ainsi, les gains de productivité qu’entraîne la ville ne peuvent être reproduits dans des organisations qui fonctionnent par télétravail, même si ceux qui le pratiquent peuvent se voir, discuter, partager des documents au travers de l’internet. Une fois la pandémie jugulée, l’activité urbaine reprendra le dessus, même si le télétravail conserve une certaine place, justifiée par les avantages qu’il procure, notamment dans des professions et des activités dont l’efficacité ne dépend pas de l’interaction humaine.

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