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L’or, un placement toutes saisons ?

Après une hausse de 17 % au premier semestre 2020, le cours de l’or se situe à un niveau historiquement élevé, autour de 2000$ l’once. Face à une telle situation, les investisseurs se trouvent confrontés au même dilemme que celui qui prévaut dans des circonstances financières particulières : « This time is different » ? Il y a d’un côté ceux dont la mémoire a effacé le passé, et qui se trouvent donc exposés aux risques liés à ce que celui-ci se répète. Les périodes de prix élevés de l’or ont correspondu à des périodes de hausse des anticipations d’inflation, qui dans la réalité ne se sont pas toujours manifestées. Ainsi, cinq ans après les plus hauts atteints en janvier 1980 et août 2011, les prix de l’or avaient fortement chuté. Ou bien les temps seraient aujourd’hui différents du fait des profondes transformations intervenues dans l’environnement financier. D’abord l’apparition de taux d’intérêt nuls ou en territoire négatif dans tous les pays, avec des obligations indexées sur l’inflation qui font ressortir des anticipations d’inflation faibles de l’ordre de 1,5% l’an pour les années à venir.  Aujourd’hui ce n’est donc apparemment pas la recherche de l’or comme protection contre l’inflation qui explique ses cours élevés, sauf à faire l’hypothèse que les marchés obligataires se trompent lourdement.

Par ailleurs, à cause des taux d’intérêt proches de zéro, le rendement des obligations est devenu équivalent à celui de l’or. Celui-ci s’est donc naturellement substitué à celles-ci dans la vieille règle prudentielle du 60%/40% de répartition entre actions et obligations en gestion internationale des portefeuilles. Mais même si l’or est un refuge dans les périodes d’hyperinflation, la relation la plus fréquente entre l’or et les actions est celle d’une corrélation positive que l’on a pu observer dans la première quinzaine de mars 2020, caractérisée par des ventes massives d’or et une chute brutale des actions. Enfin la financiarisation de l’or, qui accentue le caractère spéculatif de celui-ci, a été facilitée par l’apparition des ETF Or, avec le premier d’entre eux le SPDR Gold Trust en 2004, et dont certains ont en garantie des réserves d’or supérieures à celles des banques centrales. En définitive, la politique monétaire des banques centrales qui a provoqué l’apparition de taux d’intérêt réels négatifs est à la source de deux mouvements susceptibles de perdurer : la hausse des marchés d’actions, qui bénéficient d’une prime de risque élevée, et la hausse de l’or, auquel s’ajoutent pour ce dernier les différentes raisons parfois contradictoires que nous venons d’évoquer, sans compter les incertitudes géopolitiques, pesantes et prégnantes. Dans le contexte monétaire actuel, cette vague du momentum sur laquelle surfent les cours de l’or devrait se prolonger, contribuant ainsi à renforcer la place de l’or dans les portefeuilles des investisseurs, et à faire passer celui-ci du statut de vieille relique barbare à celui d’actif financier recherché. L’or, un placement toutes saisons ?

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