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Billets d'humeur

Les Robins des bois de Wall Street : beaucoup de bruit pour rien ?

En janvier, Wall Street a été le théâtre d’une pièce inédite ayant pour acteur principal des Robins les Bois des temps modernes, dotés d’importantes munitions grâce aux chèques qu’ils reçurent à la suite de la pandémie. Ils rompirent l’oisiveté née de leur confinement en utilisant celles-ci pour boursicoter. Ils le firent via la société de bourse Robinhood, le seul de cette pièce qui porte officiellement le nom du légendaire héros du folklore saxon, et dont l’objectif était de démocratiser la finance, en exécutant les ordres de bourse sans frais ni courtage. Ces primo-boursicoteurs utilisaient la technique de la bouilloire popularisée par Zola, dans cette pièce qui se joue en trois actes.

Le premier acte consistant à identifier une action bon marché, ils jetèrent leur dévolu sur Gamestop. Cette société en difficulté à la suite des changements dans les modes de consommation des jeux video, était dans le collimateur de certains hedge funds qui avaient pris des positions massives de vente à découvert sur le titre. Face à ceux-ci, ces Robins des bois de la bourse allèrent à la manœuvre, encouragés par un parrain prestigieux, Elon Musk, le fantasque fondateur de Tesla, qui pour se venger des attaques des hedge funds dont sa société avait fait l’objet deux ans plus tôt, en attisait les braises.

Deuxième acte de la pièce, trouver une histoire à raconter pour convaincre ces boursicoteurs branchés sur le forum de discussion Reddit que le cours de Gamestop ne pouvait que monter. Les réglementations boursières du monde entier interdisent le procédé consistant à colporter des mensonges pour faire monter les cours. Mais nenni dans le cas de Gamestop, ce n’était pas un mensonge qui circulait sur Reddit, mais la conviction que le patron récemment nommé à la tête de la société serait à la hauteur de sa réputation et parviendrait à la redresser. Devant la hausse du titre provoquée par ces Robins des Bois, les vendeurs à découvert, qui firent l’objet d’appels de marge, durent liquider leurs positions très perdantes, c’est-à-dire racheter les titres pour les livrer à ceux auprès desquels ils les avaient empruntés, contribuant ainsi à la poursuite de la hausse du cours. Alors que l’action cotait 2.57$ en avril 2020, son cours avait atteint plus de 500$ fin janvier 2021.

D’aucuns voient dans cet épisode la revanche des sans grade sur les gros, ces hedge funds aux poches profondes qui n’ont pas bonne presse, mais dont le rôle de régulation des marchés est essentiel. D’autres y voient le triomphe de la dumb money, l’argent bête, annonciateur d’une prochaine crise boursière, comme l’avaient été les tuyaux colportés par les chauffeurs de taxis newyorkais avant le krach de 1929. Certes, laisser les marchés devenir un terrain de jeu spéculatif présente des risques. Mais interdire la spéculation n’est pas la solution, mieux vaut laisser les spéculateurs boire le bouillon. C’est à quoi en sont réduits les hedge funds dont les pertes se chiffrent en milliards de dollars, et ces Robins des bois en chambre, pour qui le troisième acte consistant à prendre ses profits, ne s’est pas déroulé comme prévu avec la retombée du soufflé Gamestop. Heureusement le décor de la pièce est resté intact, les infrastructures de marché ont remarquablement tenu le choc provoqué par ce maelstrom. Pour ce qui est du reste, beaucoup de bruit pour rien ?

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