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Les bulles boursières ne sont-elles qu’un simple artefact ?

Avant que ne survienne la crise sanitaire du COVID 19 en mars 2020, les marchés boursiers étaient à leur zénith. Aux Etats-Unis ils entamaient leur 130ième mois de hausse sans qu’aucune correction technique ne soit intervenue, ce qui en faisait le cycle boursier haussier le plus long de l’histoire. L’effondrement des marchés de plus de 30% qui s’en suivit semblait donner raison aux adeptes du concept de « bulle », phénomène caractérisé par une hausse des cours considérée comme irrationnelle suivie d’une baisse de ceux-ci qui serait prévisible. Aussi, d’aucuns souhaiteraient que les banques centrales empêchent les bulles de se développer pour éviter qu’elles endommagent l’économie réelle. Mais encore faut-il pouvoir les identifier. C’est un exercice de prévision auquel se livrent certains gérants de hedge funds. La plupart s’y sont brûlé les doigts. Et Alan Greenspan, longtemps président de la Federal Reserve américaine, s’est toujours refusé à prendre ce risque, en faisant remarquer qu’il était plus coûteux de casser un cycle économique, que de réparer les dégâts qui l’auraient accompagné.

En définitive, les évocations récurrentes de l’existence ici ou là d’une bulle sont fondées sur des croyances, des intuitions, des références à la psychologie des foules, mais aucunement sur des preuves tangibles et fiables. C’est cette thèse que défendit Eugene Fama dans son discours de récipiendaire du prix Nobel d’économie en 2014, en s’appuyant notamment sur les cinq plus importantes baisses boursières intervenues aux Etats-Unis depuis 1929. Toutes ont été précédées de fortes hausses des cours, renforçant le narratif des partisans de la thèse de la bulle. Mais les hausses ne sont pas nécessairement suivies par des baisses, et les baisses sont presque toujours associées à une récession, dont l’importance va de pair avec l’ampleur de celle-ci. Et dans ces configurations, avant que ne soit avérée la reprise économique, les marchés reprennent le chemin de la hausse dont l’ampleur corrige la baisse qui l’a précédée, et le plus souvent la compense, voire la dépasse. D’où la question légitime : laquelle des deux jambes de la bulle est irrationnelle ? Y a-t-il un optimisme irrationnel dans la phase de hausse ou un pessimisme irrationnel dans la phase de baisse, ou les deux ? A moins que ces évolutions boursières constituent des signaux avancés de l’état futur de l’économie ? Dans le palmarès des crises les plus violentes de l’histoire, sans aucun doute devra figurer l’année 2020 avec sa configuration en V. La violence de la baisse s’explique par la crainte d’une profonde récession. La rapidité et l’ampleur de la hausse subséquente s’expliquent par le fait que les marchés ont très vite réalisé que la guerre déclarée à la pandémie ne détruirait, ou si peu, ni le capital humain ni le capital productif des pays concernés, ce qui est le propre des guerres sur le plan économique. Aussi, avant de qualifier ces phénomènes difficilement prévisibles de bulle, il conviendrait de leur donner une explication raisonnable. Et si les bulles n’étaient qu’un artefact employé pour masquer notre ignorance ?

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