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Billets d'humeur

Le retour du « fabriqué en France » à grande échelle : est-ce bien raisonnable ?

Une des conséquences de la crise sanitaire actuelle est l’appel à la relocalisation des sites de production. Le confinement de la Chine au cours du premier trimestre a provoqué des ruptures d’approvisionnement qui ont mis à mal la capacité des pays et entreprises occidentales à se fournir et à vendre. La Chine s’étant déconfinée très tôt et ayant d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance, le besoin de relocaliser a perdu de sa pertinence mais n’en reste pas moins vivace. Pour plusieurs raisons : d’autres crises sanitaires pourraient survenir, résurgence de la Covid-19 en Chine ou nouveau virus, biologique ou informatique. En outre, les crises économiques sont traditionnellement propices à la résurgence d’idées et de politiques protectionnistes ; cette crise ne fait pas exception, survenant qui plus est en plein conflit commercial entre les deux plus grandes économies de la planète.

Le sujet de la relocalisation n’est pas nouveau, comme l’illustre un article du Financial Times daté du 7 octobre dernier. On peut y lire notamment qu’une étude menée par la chambre de commerce américaine en Chine a relevé que 40% des entreprises américaines ont déménagé leurs sites de production de Chine, ou s’apprêtent à le faire. Et elles ne seraient plus que 28% à envisager d’y augmenter leurs investissements contre 48% il y a un an et 81% en 2016. Depuis quelques années déjà, les grandes sociétés occidentales étudient des projets de nouvelles implantations en dehors de Chine, souvent à Taiwan. L’idée est de continuer de produire en Chine les produits destinés aux consommateurs chinois mais de produire ailleurs ce qui sera vendu aux autres clients. Evidemment, ces choix ne relèvent pas que de la sécurité d’approvisionnement ou de la politique : le coût de production est essentiel. Avec un coût évalué par PWC de 77$ au Mexique (100$ en Chine et 137$ aux Etats-Unis), le choix du voisin mexicain s’impose aux américains. Les entreprises européennes favorisent de leur côté les zones plus proches et à faibles coûts salariaux que sont l’Europe Centrale ou de l’Est.

Dans ce contexte, pour louable qu’elle soit, il semble illusoire d’espérer une généralisation du « made in France ». Quelques chiffres témoignent du peu de cas que l’on fait en France de la capacité à produire de manière compétitive. L’industrie ne représentait que 12% de la création totale de richesse en 2019 contre 20% en Allemagne. L’industrie purement manufacturière serait déjà sous les 10% du PIB. Les impôts de production, qualifiés de « droits de douane à l’envers » par Philippe d’Ornano, co-Président du Mouvement des Entreprises de Taille Intermédiaire (METI) car elles s’appliquent aux entreprises employant et produisant en France, ont généré 72 milliards d’euros de recettes fiscales en 2018, soit plus du double de celles de l’impôt sur les sociétés. Certes le gouvernement prévoit d’abaisser cette charge de 10 milliards dans le cadre du plan de relance, mais même en tenant compte d’un niveau supérieur d’investissement public en France par rapport à l’Allemagne, les taxes de production outre-Rhin pèsent environ 1 point de PIB contre plus de 3 dans l’Hexagone. Notre coût du travail, enfin, pèse lourd : l’office européen des statistiques (Eurostat) l’estimait en 2017 à 35,60 euros de l’heure, pas si éloigné de celui de l’Allemagne (33 euros) mais près de dix fois supérieur à celui de la Bulgarie (4,40 euros).

A défaut d’un vaste mouvement de relocalisation dans l’Hexagone, des entreprises mondiales d’origine française pourraient toutefois bénéficier de cette tendance. Citons Air Liquide, Argan, Ekinops, Lacroix ou Schneider qui, pour la plupart, font partie de nos choix d’investissement.

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