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Vaccin anti SARS-COV-2 : état des lieux et optimisme

Nous avons eu l’occasion de rencontrer le Pr Tangy, membre de l’Institut Pasteur depuis plus de 20 ans et chef du laboratoire d’innovation pour les vaccins. Il nous a paru intéressant de partager avec vous ses principaux commentaires.   

Les infections virales tueuses en masse se sont multipliées depuis les années 80. Leurs coûts directs et indirects sont estimés à 220 milliards de $ sur la décennie écoulée.  Chiffre impressionnant, d’autant que sur les 10 plus mortelles, seule une (Ebola) bénéficie d’un vaccin à ce jour… De ce point de vue, la mobilisation internationale contre le SARS-COV-2 est impressionnante tout comme les avancées offertes par les nouvelles technologies telles que les ARN messagers, qui permettent la synthèse chimique d’une protéine. La production par un processus chimique d’une protéine du virus sans culture biologique, permet d’aller vite mais soulève deux problèmes : celui de sa tolérance par le patient et celui de son acceptation sociétale car le principe même de vaccination est rejeté par une part croissante de la population…   

Tout aussi remarquables sont les délais sous lesquels ces vaccins seraient disponibles. Le Pr Tangy rappelle que 7 à 8 ans sont habituellement nécessaires entre le début de la recherche académique et la mise sur le marché. De son point de vue toutefois, il est réaliste d’imaginer qu’un vaccin sera disponible dans les 18 mois à compter d’aujourd’hui (pas avant toutefois). Le partage des informations au niveau international, le choix assumé de réduire la mesure de tolérance et la création de partenariats ont permis de compresser le temps. Ainsi, l’Institut Pasteur travaille sur un projet avec un industriel et l’Université de Pittsburgh : il annonçait en mars 2020 pouvoir débuter une phase 1 en septembre 2020 ; il évoque aujourd’hui le mois de juillet, pour un lancement de sa phase 2/3 en octobre et des résultats en janvier 2021… Il faut dire que les enjeux sont énormes : humains et économiques évidemment mais aussi financiers ; notre principal conseil dans le domaine de la santé, la banque Bryan, Garnier & Co, évalue le marché mondial à au moins 10 milliards de $ annuels !  

De nombreux points restent à déterminer : les capacités de production seront-elles prêtes à temps (on parle de centaines de millions de doses) ; quelles populations vacciner (nos aînés aux défenses immunitaires affaiblies, les plus jeunes pourtant peu affectés, des populations ciblées comme les professionnels de la santé ou des abattoirs) ; quel prix et qui le supportera ? Quels pays disposeront du vaccin en premier, ceux ayant participé aux financements en urgence se considérant prioritaires… Une question moins intuitive, enfin : le reflux progressif de la maladie (sic) ne risque-t-il pas de rendre problématique le recrutement de dizaines de milliers de malades pour les très nombreuses études de phase 3 à venir ?   

Un sujet d’attention et deux éléments très positifs pour conclure : les autorités de santé, américaines notamment, sont peu regardantes sur les lancements d’études de phase 1 mais placent la barre très haut pour les phases 2. Il est à craindre que nombre de projets échoueront dans les semaines à venir et les marchés financiers devront apprendre à l’accepter. Mais 1/ pour l’instant du moins, le virus ne mute pas et 2/ il fait peu de doute qu’un vaccin sera disponible d’ici fin 2021.

De bonnes raisons de rester optimistes !  

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