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Billets d'humeur

Solidarité européenne

Nicolas-Xavier de Montaigut 
Directeur Associé

Après de profonds bouleversements (dette grecque, crise migratoire, Brexit) et des dissensions internes, le risque existe que les européens prennent prétexte de la crise économique provoquée par la pandémie Covid-19 pour afficher leurs différends et exprimer de nouvelles velléités d’indépendance. Mais paradoxalement on peut aussi voir dans cette nouvelle crise une occasion unique de renouveler le vœu de solidarité et se rapprocher des valeurs qui avaient animé les Pères de l’Europe : réconciliation, unité et prospérité.

La réactivité européenne s’est révélée remarquable. La fameuse phrase « what ever it takes » de Mario Draghia été prononcée 4 ans après le début de la crise de 2008. En 2020, il n’aura fallu que 4 semaines, après certes un léger raté, à la Banque Centrale Européenne pour réagir vigoureusement. De fait, les programmes d’aide et d’intervention se sont multipliés. Bref état des lieux : la BCE rachète environ 120 milliards d’€ d’actifs chaque mois, essentiellement des dettes émises par les Etats européens pour maintenir les taux bas. Ce montant pourrait être doublé si l’on en croit les annonces du 30 avril. Le Mécanisme Européen de Stabilité prévoit 410 milliards de prêts aux Etats membres. La Banque Européenne d’Investissement apporte des garanties aux prêts aux entreprises à hauteur de 200 milliards, gage de liquidité à court terme. Enfin, la Commission Européenne dispose d’une enveloppe de 100 milliards pour aider les Etats à financer le chômage partiel. Des montants déjà considérables. Mais le plus important est ailleurs.

Depuis début avril 2020, le principe d’un « recovery fund » est acquis en Europe. Les Chefs d’Etat en ont débattu et il semble désormais convenu que ce fonds sera de la responsabilité de la Commission Européenne et elle fera une proposition aux dirigeants du continent d’ici la mi-mai. On parle de 5 à 10% du PIB de l’UE (15’000 milliards) et, selon Ursula von der Leyen présidente de la Commission, d’au moins mille milliards. Ça n’est pas tant les montants en jeu qui posent question que la nature juridique de cet engagement. Sur ces sujets, les divergences sont marquées. La France et l’Allemagne veillent à ne pas s’opposer frontalement ; l’Italie et les Pays-Bas jouent ce rôle. Il parait utile à ce stade de préciser que le développement de la crise sanitaire est largement le fruit du hasard et légitime donc la solidarité. Ainsi, le Portugal et la Grèce ont été plus épargnées que l’Est de la France, l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Ce qui rend politiquement acceptable d’imaginer une mutualisation du coût de ce plan de soutien ; chaque Etat membre pourrait y contribuer en fonction de son revenu national brut alors que les ressources seraient redistribuées en fonction des conséquences socioéconomiques de la pandémie. En clair, l’Italie et l’Espagne pourraient bénéficier de fonds plus importants que leur poids économique. Un acte solidaire que la France appelle de ses vœux, elle qui s’est déclarée prête à être contributrice nette à ce fonds de relance, ajoutant qu’elle n’acceptera pas un fonds de dette classique. Le pire, tel que des désaccords nord-sud ou des tentations de repli sur soi au sein de l’Union,  n’est jamais certain et l’occasion est belle pour l’UE de resserrer les rangs, retrouver ses idéaux et faire front commun pour relever les défis à venir.

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