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Même pas peur !

L’évolution de nos économies prendra-t-elle en 2020 la configuration d’un V, ce que traduirait une reprise rapide et forte ? C’est peu probable, mais c’est en tout cas celle de l’évolution récente des marchés d’actions. Leur chute spectaculaire de plus de 30% en quelques semaines en février et mars 2020, et leur retournement non moins fulgurant à partir du mois d’avril, restera dans les livres des records. La une récente de l’hebdomadaire « The Economist» soulignait l’apparente déconnexion entre l’économie réelle et les marchés boursiers ? Comment justifier une telle incongruité ? Robert Solow, prix Nobel d’économie en 1987, est resté célèbre avec sa fameuse boutade selon laquelle il voyait des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques. Il signifiait par là que les investissements en ordinateurs effectués par les entreprises n’avaient pas eu d’impact sur la productivité de l’économie américaine. Il pourrait faire la même observation aujourd’hui à propos des nouvelles technologies de l’information et de la communication, de la généralisation des robots et des progrès de l’intelligence artificielle. Mais de telles innovations disruptives mettent des décennies à pénétrer effectivement les organisations, et à produire leurs effets. Les modifications de comportements induits par la crise sanitaire auront sans nul doute contribué à accélérer ces changements en cours. Sans les contraintes organisationnelles de la crise sanitaire, le télétravail aurait-il pénétré aussi profondément l’univers des cols blancs ? Et aussi durablement, si l’on en croît la décision prise par le constructeur automobile PSA de renforcer le travail à distance et d’en faire la référence pour les activités non reliées à la production ? De même avec l’accélération du e-commerce. On peut aussi souligner la situation de l’enseignement, dont la productivité a peu varié depuis l’ouverture de la Sorbonne. La formation est à la veille d’une profonde transformation, dont l’enseignement à distance et en ligne pratiqué à marche forcée pendant la période de confinement, a représenté une répétition générale de ses transformations à venir. Ainsi, la crise actuelle a entraîné une élévation générale des compétences. Elle devrait entraîner le retour des progrès de productivité et faire ainsi mentir les tenants de la stagnation séculaire.  Les marchés, à l’image des marchés à terme de Chicago qui font état d’une très forte croissance des dividendes à partir de 2022, font-ils preuve d’un optimisme immodéré ? En tout cas, même pas peur ! 

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