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Macron et le risque populiste

L’élection d’Emmanuel Macron en mai dernier a créé un choc psychologique en France et en Europe. Le succès d’un candidat modéré pro-européen a été une forme de libération ou de soulagement face au risque populiste. Par son audace, son succès et sa jeunesse, il a insufflé en France et en Europe une forte espérance de changements et de réformes.

A peine élu et profitant d’un contexte économique mondial favorable le nouveau Président de la République a lancé un train de réformes importantes (fiscalité, travail, SNCF, retraite, sécurité, dépenses publiques etc…) afin de restaurer l’attractivité et la compétitivité de la France. Au milieu de ces nombreux chantiers, il a tout de suite mis l’accent sur la refonte de la fiscalité du patrimoine en supprimant l’ISF sur les actifs financiers et en instaurant une flat tax de 30% sur les revenus et les plus-values. Cette initiative n’est pas un simple cadeau fiscal mais une incitation aux français à investir dans les entreprises créatrices de richesse et par-delà, dans l’essor des entreprises françaises dans le monde.

L’idée centrale est donc d’inciter les français à préférer les investissements productifs plutôt que la rente immobilière qui restera taxée à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI). La question que beaucoup d’épargnants vont se poser sera l’opportunité d’arbitrer une partie de leur patrimoine immobilier au profit d’investissements financiers plus rémunérateurs à long terme mais aussi plus risqués et volatils. On serait tenté de répondre par l’affirmative pour plusieurs raisons : le patrimoine moyen des français est constitué aux deux tiers d’immobilier, un rééquilibrage vers 50% n’est pas forcément une mauvaise décision patrimoniale ; l’investissement financier à long terme procure des rendements attractifs alors que le rendement de l’immobilier est faible car surtaxé ; en participant à la revitalisation de l’économie marchande en France on prépare l’avenir de nos propres enfants et petits-enfants. Enfin, si la politique du Président de la République échoue il faudra craindre un coup de bâton fiscal, notre pays n’étant pas un modèle de stabilité fiscale.

L’élection d’Emmanuel Macron est aussi porteuse d’espoir au niveau européen. Après la crise financière de 2008, la crise des dettes européennes en 2010 et 2011, la crise migratoire et la montée des populismes, l’Union Européenne est confrontée à de nombreux défis. Des fractures de cohésion sont apparus après le vote du Brexit mais aussi entre les pays de l’Ouest et ceux de l’Est qui ont des conceptions différentes de la démocratie. Il semble assez urgent que la France et l’Allemagne proposent des initiatives fortes pour renforcer la cohésion européenne et répondre aux attentes des peuples européens en matière de réforme de fonctionnement de l’Union Européenne, d’identité et de sécurité. Toutes les élections qui se sont suivies depuis un an (Allemagne, Autriche, Italie) ont toutes montré une nette poussée des partis anti-européens à tendance populiste. Ce phénomène s’est dernièrement étendu à l’Italie pays fondateur de l’Europe.

Le succès de la politique française et européenne d’Emmanuel Macron revêt donc une grande importance. Un échec tant au niveau national qu’européen ouvrirait sans doute, en Europe et dans notre pays, la porte aux partis politiques populistes anti-européens. N’oublions pas qu’aux dernières élections, les partis des extrêmes avaient déjà rassemblé plus de 40% des voix. Où seront-ils dans quatre ans en cas d’échec ?

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