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LES REFORMES ET LE GRAND DEBAT

La France est secouée depuis plusieurs mois par la crise des gilets jaunes provoquée par la hausse des prix des carburants décidée dans le cadre de la loi dite de Transition Energétique. Cette hausse était difficilement contestable d’un point de vue écologique mais elle a été vécue par les français comme une énième hausse de la fiscalité et a déclenché une de ces jaqueries dont notre pays est coutumier. Si on peut comprendre l’émoi de nos concitoyens qui connaissent des fins de mois difficiles et ont besoin chaque jour de leur voiture, on comprend moins les scènes d’émeutes à répétition dont le monde entier a été témoin. Ce n’est pas le film « Retour vers le Futur » qui s’est joué mais plutôt « Retour vers le passé révolutionnaire de la France ».

Pour faire face à une situation quasi insurrectionnelle, le gouvernement a ressorti la vieille recette des cahiers de doléances et organisé une série de débats publics où chaque citoyen (y compris les membres du gouvernement) a pu venir s’exprimer. De ce « Grand Débat », largement relayé par les médias, il est très vite apparu que si le rejet d’une fiscalité jugée excessive était le principal sujet de mécontentement des français, le large éventail des revendications ne pouvait être satisfait que par … une augmentation des impôts ! Rétablissement de l’ISF, nouvelles tranches d’impôt sur le revenu, augmentation des droits de succession, taxation des plus-values sur la résidence principale, plafonnement des indemnités de chômage pour les cadres, etc… Le « Grand Débat » s’est vite transformé en concours Lépine de la fiscalité. Déjà championne du monde des prélèvements obligatoires (56% du PIB) et de la protection sociale, la France était donc appelée à faire plus encore.

Cependant, en allant dans ce sens, nous risquions de remettre en cause la politique de réformes menée depuis deux ans, politique dont la finalité première est de restaurer l’attractivité économique de la France et qui commence à porter ses fruits. Aller dans ce sens n’inciterait-il pas davantage les entrepreneurs à s’exiler, les grands groupes mondialisés à délocaliser leurs sièges sociaux et à investir ailleurs qu’en France ? Comment peut-on croire, au vu des scènes d’émeutes et du discours ambiant des derniers mois, que les Français résidants à l’étranger soient tentés de revenir au pays ? Comment nier que les récentes polémiques sur les salaires et les retraites des chefs d’entreprises dissuadent les managers d’envergure internationale de venir s’installer en France ?

Dans sa conférence de presse clôturant le « Grand Débat », le Président de la République, dont l’élection avait suscité un réel espoir de changement, s’est engagé à garder le cap des réformes. Cependant, les mesures qu’il a annoncées n’en indiquent pas moins une inflexion de sa politique. En renonçant à l’objectif de suppression de 120 000 fonctionnaires, en annonçant une diminution de l’impôt sur le revenu pour des millions de ménages, mesures dont le coût s’élève à 5 milliards d’euros (après les 10 milliards consentis en décembre), il a fait le choix de nouvelles dépenses sans donner de précisions sur les économies susceptibles de les financer. Ces mesures ont un côté positif : elles devraient apaiser la crise sociale et contribuer au soutien de la croissance en 2019. Il faut espérer qu’elles ne sonnent pas le glas des réformes. En effet, si la France souhaite soutenir la croissance de son économie et améliorer durablement le niveau de vie de ses habitants, autrement qu’en prenant aux uns pour donner aux autres, elle n’a pas d’autre choix que de faire ce qu’on fait tous les pays prospères : mener des politiques favorables aux entreprises et aux entrepreneurs. Elles sont la source pérenne de la création d’emplois.

Face à un chantier de réformes qui reste immense, la crise des gilets jaunes est venue rappeler la nécessité absolue de pédagogie et d’accompagnement. En entreprise, on appelle cela « la conduite du changement ». Sa réussite est cruciale car sans elle, l’échec du changement est fort probable.

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