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L’entreprise à mission : attention, dangers !

En devenant la première « entreprise à mission » cotée le 26 juin prochain, Danone rejoindra la communauté ayant choisi ce statut, qui regroupe entrepreneurs et dirigeants, individus et entreprises, convaincus de l’idée selon laquelle l’entreprise constitue le levier de transformation du capitalisme le plus puissant pour répondre aux défis contemporains des sociétés. Cette idée fait son chemin au sein même du temple du capitalisme.  Ainsi les déclarations de la Business Roundtable américaine d’août 2019 qui porte les signatures de 181 dirigeants d’entreprises représentant 13000 milliards de dollars de capitalisation boursière, et du Forum économique de Davos de janvier 2020 enjoignent aux entreprises d’abandonner le modèle du capitalisme actionnarial. Et pourtant le développement économique sans précédent que le monde a connu à partir du 19 ième siècle aurait été impossible sans les ressorts et les capacités organisationnelles de cette remarquable invention qu’est la société anonyme par actions, statut juridique de l’immense majorité des entreprises d’une certaine taille.

La symbiose qui en est résulté entre leur structure de commandement hiérarchique et la concurrence qui s’exerce sur les marchés de biens et services a été extrêmement féconde. L’entreprise à mission va plus loin en prenant en compte à la fois les intérêts des actionnaires et des autres parties prenantes (personnel, clients, fournisseurs…) et les préoccupations sociétales. Certes, il convient de se méfier de l’air du temps et des idées à la mode, surtout celles qui permettent de se donner bonne conscience. Pour certains dirigeants, l’affichage RSE (responsabilité sociale et environnementale) n’est qu’un exercice de communication destiné à renforcer l’image de leur entreprise. Mais le statut d’entreprise à mission, dont nul ne conteste la noblesse des intentions, pourrait aussi conduire à un renforcement du capitalisme managérial, charriant avec lui l’écueil rencontré notamment dans la seconde partie du vingtième siècle : l’absence d’un système clair de responsabilité financière, ce qui donnait aux dirigeants d’entreprise toute latitude pour poursuivre leur propre agenda. N’oublions pas que la valeur boursière d’une entreprise est une mesure objective sur laquelle les dirigeants peuvent être évalués et qui tient essentiellement compte du long terme. Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’enfer est pavé de bonnes intentions, et l’entreprise à mission n’est pas sans dangers.

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