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Haro sur les fonds activistes et vive la vie bonne !

La place financière de Paris se mobilise pour protéger les entreprises françaises des hedge funds activistes. Après avoir pris une participation très minoritaire au capital d’une société cible, ceux-ci incitent leurs dirigeants à modifier la structure financière, le périmètre d’activité, voire la stratégie de celle-ci pour faire ressortir le potentiel de création de valeur qu’elle recèle. On les accuse de détruire de la valeur en empêchant les dirigeants de se consacrer à leurs projets de long terme. Les critiques à leur endroit ont des fondements très ténus qui s’appuient sur des exemples anecdotiques.

Elles éludent la vraie question : quel est l’impact des fonds activistes sur les performances économiques de leurs cibles ?  Une abondante littérature académique exploitant une vaste base de données de plusieurs milliers d’interventions des hedge funds activistes aux Etats-Unis, a livré ses conclusions. Celles-ci sont sans appel : on ne constate aucune baisse des performances opérationnelles des sociétés concernées, ni à court terme, ni à long terme. Au contraire, celles-ci s’améliorent dans les cinq ans qui suivent leurs interventions, même dans les situations qui font l’objet des critiques les plus virulentes : celles qui se traduisent par une augmentation du levier d’endettement et du dividende de la cible susceptibles de contraindre ses investissements futurs, et celles dont le caractère est résolument hostile.

A vrai dire, les fonds activistes recherchent de plus en plus le dialogue avec les dirigeants des sociétés qu’ils ciblent pour que ceux-ci, reconnaissant le bien fondé de leurs recommandations, les mettent en œuvre, comme cela s’est récemment produit entre le fonds activiste Elliot et Pernod Ricard. Par ailleurs, et en termes de création de valeur, les gains initiaux engendrés par leurs interventions demeurent, le soufflé ne finit pas par retomber, même après leur départ.

D’aucuns voudraient durcir le carcan réglementaire les concernant au risque de porter atteinte à l’attractivité de la place de Paris. La France est en effet le seul grand pays à envisager une démarche organisée de place pour combattre spécifiquement les fonds activistes. Ni le Royaume Uni, le pays le plus ciblé en Europe par les fonds activistes, ni l’Allemagne pourtant plus touchée que la France, n’envisagent d’adopter un cadre plus coercitif.

Alors pourquoi une telle hostilité à l’égard des fonds activistes ?  L’impact de l’adoption de législations empêchant les OPA hostiles dans un certain nombre d’états américains en fournit peut-être l’explication. On y constate dans les entreprises concernées une baisse de la productivité et de la profitabilité, une hausse des salaires surtout ceux des cols blancs, mais pas d’augmentation de leur taille. La construction d’un empire ne serait donc pas l’objectif des dirigeants d’entreprise, contrairement à une idée reçue, mais bien plutôt la poursuite de la vie bonne. Haro donc sur ces trouble-fêtes que sont les hedge funds activistes.

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